Billetterie

Les chroniques de Pascal Brullemans


© © Christophe Péan

L’auteur, c’est Pascal Brullemans, accueilli en résidence à la Maison des auteurs pour encore quelques jours.
Il nous livre ses impressions du festival, des spectacles ou de tout autre chose, selon l’humeur du jour.
Voici toutes ses chroniques !

Samedi 30 septembre 2017
Dernière journée du festival. C’est aussi la fin d’un séjour de deux mois. Trop tôt pour tirer des bilans, mais tellement de moments heureux entre l’ouverture déjantée des frères Grimox, devant la cathédrale, et le théâtre de cruautés des Tunisiens Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi. Aussi, une pensée pour toutes les équipes des Francos, pour leur générosité et leur rigueur. Il en faut des tonnes pour rendre possible un tel évènement. Et traverser un festival, c’est aussi croiser mille-et-une activités/rencontres/découvertes qu’on n’avait pas anticipées, telles que :
Réinventer l’économie avec le Raoul collectif
Dévorer les tartines des libraires anarchistes
Pleurer devant la magnifique exposition « Sous le jasmin »
Entendre hurler dans les bureaux parce qu’il y a des ouragans ET une grève de la SNCF !!!
Écouter Michel Béretti parler de postmodernisme au petit-déj.
Écouter Jean-Marie Piemme raconter son parcours théâtral
Écouter Catherine Léger parler de féminisme
Écouter Kouam Tawa expliquer les bases de la polygamie
Faire du speed dating avec la ministre de la Culture
Se faire démolir dans un tournoi de fléchettes par les filles des coms.
Danser pieds nus avec Dalida pendant que les techniciens finissent le buffet
Nadine Chausse avec une perruque blonde
Bon, c’est le temps de fêter (encore).
Dernier rendez-vous : Tunis électro.
Adios

Jeudi 28 septembre 2017
Bien que je n’ai jamais été fan de danse, je dois d’admettre que, depuis plusieurs années, c’est là que je retrouve mon plaisir de spectateur. C’est encore le cas avec cette édition des Francophonies, où l’on a pu découvrir trois propositions fort différentes, mais très inspirées, soit NARCOSE, de la compagnie CHATHA, Vers un protocole de conversation, du chorégraphe Georges Appaix, et Kalakuta Republik du chorégraphe Aimé Coulibaly. Même si l’on traite de sujets sensibles ou politiques, on ne ressent pas de nihilisme, mais, au contraire, une volonté d’engagement. C’est cet engagement qui m’avait attiré vers le théâtre lorsque j’étais étudiant, mais je le retrouve de moins en moins au théâtre. Ce n’est pas tant la parole qui fait défaut (je lis un grand nombre d’auteurs qui proposent une lecture audacieuse du monde), mais les esthétiques qui semblent tendre vers des formes de plus en plus simples. Il y a longtemps que je n’ai pas croisé de proposition théâtrale énergique, irrévérencieuse ou flamboyante. Les coupes qui sévissent en culture ne sont pas étrangères à cette situation (on ne fait pas le même spectacle avec 3 comédiens qu’avec 10), et la nécessité de se tailler une place dans les réseaux de diffusion y contribue aussi, mais ce ne sont pas les seules raisons. D’ailleurs, en tant qu’artistes, n’avons-nous pas l’obligation de questionner ce système économique, en y opposant une vision artistique qui puisse le déjouer ? Bref, j’ai l’impression qu’il y a aussi un certain essoufflement des formes théâtrales liée au système de production actuel. Peut-être sommes-nous à la fin d’un cycle ? Enfin, quelques questions à méditer pour l’avenir.

Mardi 26 septembre 2017
Philippe Dorin utilise cette métaphore pour décrire le théâtre que j’aime bien : le théâtre, c’est comme voir une biche dans la forêt. La biche n’est pas toujours au rendez-vous, mais si on veut l’apercevoir, on a pas d’autre choix que de sortir marcher. Hier, il s’est produit 2 moments uniques au festival. Tout d’abord la présentation de "Rumeur et petits jours" du Raoul collectif en présence de la ministre de la Culture, Madame Françoise Nyssen. Ceux qui étaient présents peuvent en parler. Puis, la présentation de "Narcose" des chorégraphes Hafiz Dhaou et Aïcha M’Barek, une véritable décharge électrique. Des moments qui me rappellent pourquoi j’aime le spectacle vivant.

Lundi 25 septembre 2017
Dans le cadre du festival des Francos, se cache un autre festival. Ce sont les rencontres de l’imparfait du présent, qui offrent une série de lectures suivies de discussions avec les auteurs. Je me souviendrai avec plaisir des récits de Kouam Tawa ou des propos féministes Catherine Léger. Ces lectures, faites par les élèves du conservatoire de Mons, traversaient différents territoires, révélant les réalités multiples de la francophonie. D’ailleurs, pas facile à cerner ce concept de Francophonie. Comment définir ce qui nous unit, au-delà d’une langue commune héritée d’un passé colonial ? Arrivé ici depuis peu, je découvre cet univers culturel d’une grande richesse, construit sur les ruines de l’histoire, devant négocier avec des enjeux alimentés par les crises migratoires et la montée de la droite à travers l’Europe. Je ne peux aborder ces enjeux qu’avec la naïveté de celui qui pose des questions pour comprendre. C’est l’expérience unique que met en place ce festival. Au-delà des spectacles, les Francos créent un cadre de discussion entre des gens qui partagent un même lieu : la scène. Mais il manque une voix pour alimenter la discussion. Autour de la table, nous échangeons entre artistes guinéens, camerounais, tunisiens, belges ou québécois, sur nos pratiques d’écriture et la situation politique, mais les auteurs français, très peu présents, ne font pas partie de cette discussion, comme exclu de cette francophonie. Ça me pose des questions. Parlant de discussion, nous avons aussi eu l’occasion d’entendre les membres du RAOUL collectif, ainsi qu’Olivier Bonfond (économiste), Sandrine Karam (coordonnatrice de UL factory) et Didier Bardy (libraire indépendant) partager leurs expériences et réflexions sur l’avènement d’une économie alternative. Un peu d’oxygène pour le cerveau, en prévision d’un automne chargé sur le plan politique. Dans un monde aux rectitudes de plus en plus étroites, de plus en plus de gens ont envie de projets et d’actions, et franchement, ça aussi ça compte.

Samedi 23 septembre 2017
Je suis logé au paradis. C’est un petit hôtel, situé sur un promontoire, tenue par Noëlle qui fait tout et qui est adorable. La maison est pleine de sculptures et d’objets créés par son mari, disparu l’an dernier. Même si je ne l’ai jamais rencontré, le lieu vibre encore fortement de la présence de cet homme. Ces questions de la disparition et du souvenir étaient aussi très présentes dans l’oeuvre documentaire Zvizdal, présenté par le groupe Berlin, qui raconte la vie d’un couple de vieillards qui s’accrochent au passé et s’entêtent à vivre dans la zone interdite de Tchernobyl. Une oeuvre qui rappelle cruellement la fragilité de l’existence. Mais vivre au paradis, c’est aussi avoir la chance de déjeuner avec Michel Bérétti, auteur de théâtre et encyclopédie vivante, qui nous parle post-modernisme avec un croissant. Le dernier pensionnaire de l’hôtel est l’auteur Olivier Sylvestre (un autre québécois et ami) dont j’ai pu voir la dernière création sur grand plateau, La loi de la gravité. Une très belle production du metteur en scène Anthony Thibault qui évoque avec justesse le désarroi de la quête d’identité qu’on traverse souvent à l’adolescence. Le festival bat maintenant sont plein. On croise beaucoup de monde et les discussions vont bon train. Ce vortex de relations me rappelle ma condition d’auteur avec une certaine humilité. Prendre les choses une à la fois et profiter de chaque spectacle. PB.

vendredi 22 septembre 2017
Quand je serai grand, je serai un auteur, mais cet auteur existe déjà : il s’appelle Jean-Marie Piemme. Rencontre fascinante, au théâtre de l’Union, avec l’homme et son oeuvre. Envie de replonger dans l’écriture avec rigueur et sincérité.

jeudi 21 septembre 2017
Les Francos sont lancées, sous un soleil radieux, par une fable épique présentée devant la cathédrale. Le spectacle forain de la compagnie 3 points de suspension est un étrange croisement entre une geste moyenâgeuse, les Bidochons, et le Rocky Horror Picture Show. Depuis hier, les gens circulent entre les salles, la tente berbère et le resto. Comme dans tout bon festival, on prend le rythme tranquillement. Loin de la maison depuis un certain temps, j’étais d’autant plus content de retrouver l’équipe d’Edgar Paillette mené par Simon Boulerice qui agit cette fois comme auteur ET metteur en scène sur cette chronique douce-amère à propos de la fratrie et du droit à la différence. Les enfants ont vraiment adoré. Parlant de mômes, j’ai retrouvé mon enfant intérieur en écoutant les rythmes louisianais du Winston band, des garçons de Montréal qui font lever le party, et qui m’ont fait revivre le souvenir des fêtes familiales d’une lointaine époque. Peu importe où l’on va, la vie nous rappelle qu’on vient de quelque part.

mardi 19 septembre 2017
À Limoges depuis début août, je termine ma résidence avec le festival. La tente est montée dans la cour des Francos. La bière est au froid et les libraires s’installent. La fête commencera demain par un spectacle de rue devant la cathédrale. Le temps semble s’adoucir avec l’arrivée des artistes. Un programme chargé nous attend.