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Un peu d’histoire
C’est sous la dénomination « Festival international de la francophonie » que Pierre Debauche, alors directeur du Centre Dramatique National du Limousin depuis un an, a créé ce festival en 1984, et en donne la direction à Monique Blin, son ancienne collaboratrice du Théâtre des Amandiers à Nanterre.
En compagnie de Jean-Marie Serreau, ils avaient maintes fois rêvé d’un espace qui pourrait réunir différents artistes exerçant leur pratique théâtrale dans les pays francophones ; un espace qui verrait le jour dans une région de France et non pas à Paris, dans le droit fil de la décentralisation. Plus qu’un simple élément de diffusion théâtrale, Pierre Debauche affirme dès la première année le rôle d’échange et d’apprentissage que devra remplir ce festival :
« Les acteurs ne se contenteront plus de jouer, mais il s’établira entre le public et les comédiens et entre les troupes elles-mêmes, des contacts qui permettront que l’on se connaisse vraiment et que se crée une sorte de pédagogie Sud-Nord ».

Il énonce les pensées de base qui resteront comme le fil rouge de cet événement tout au long des années et que Monique Blin, de 1984 à mars 2000, continuera à développer :
. espace de rencontres d’artistes et de diffusion des œuvres théâtrales.
. priorité aux auteurs contemporains de langue française.
. ouverture du Festival sur le département et la région dans lesquels il est implanté.
. création de liens avec différents partenaires autour du concept de « la francophonie ».

Le département de la Haute-Vienne s’est immédiatement impliqué dans le développement de cette manifestation annuelle, rejoint par la Ville de Limoges puis par la Région Limousin. L’Etat (Ministère de la Culture et Ministère des Affaires étrangères) est devenu financeur majoritaire, apportant ainsi la marque de son soutien à cette initiative, unique en France.
Pierre Debauche se plaît encore aujourd’hui à souligner que le Limousin, région de résistants, était prédestiné à accueillir des artistes qui, pour la plupart, avaient combattu le colonialisme. Et d’ailleurs nombre d’associations, actives dans le développement et la coopération internationale, sont nées sur le territoire régional, de l’effervescence Sud/Nord que le festival a générée.
Au départ de Pierre Debauche en 1987, Monique Blin a conduit le festival vers sa maturité, développant de nombreux partenariats avec des artistes qui pour la plupart sont entrés, via Limoges, pour la première fois sur le territoire français (Sony Labou Tansi, Robert Lepage, Michel-Marc Bouchard, Wajdi Mouawad, Gao Xing Yiang, Were Were Liking, Souleymane Koly…).
Sous son impulsion, le festival a mis en avant le travail d’écriture et le soutien aux jeunes plumes, en fondant en 1988 une Maison des auteurs, lieu de résidence pérenne.
Véritable lieu de rencontre international, le festival des Francophonies a permis à de nombreux artistes du Nord de rencontrer les artistes du Sud, à des compagnonnages de se former.
Patrick Le Mauff, par ailleurs comédien et metteur en scène, succède en 2000 à Monique Blin. Il donne la priorité à la formation (mise en place de grands stages dans plusieurs pays d’Afrique) et ouvre la voie à toute une pléiade de compagnies belges (Ensemble Leporello, De Onderneming, Transquinquennal. Groupov).
Il présente chaque année une « langue invitée » autre que le français.
Sous sa direction le festival s’ouvre davantage à la danse (Salia ny Seïdou, Heddy Maalem, Irène Tassembedo, Boyze Cekwana…) et offre de grands moments avec Les Rencontres de la Villette (hors les Murs en 2004 et 2005). Il obtient le soutien de divers fonds européens.
Marie-Agnès Sevestre, aujourd’hui à la direction des Francophonies depuis 2006, renforce le pôle écritures du festival en offrant à la Maison des Auteurs une manifestation spécifique (Nouvelles Zébrures, programme littéraire chaque année en mars, au moment de la Semaine de la langue française et de la Francophonie). La Maison des Auteurs a également une présence plus forte à l’intérieur de chaque édition du festival (Imparfait du Présent, Bar des Auteurs, débats d’idées, etc.).
Elle recherche sur le continent africain les germes d’une nouvelle génération d’artistes pour lesquels le combat pour une société où leur parole est agissante a pris le pas sur les reproches anti-colonialistes.
De ces compagnonnages, partagés avec d’autres structures de la décentralisation ainsi qu’avec certains festivals français et étrangers, a émergé une floraison de jeunes talents, aujourd’hui reconnus : Delavallet Bidiefono, Artistide Tarnagda, Dieudonné Niangouna, Julien Bissila, (entre autres). La francophonie du Nord n’est pas en reste avec la présence de Philippe Ducros, Eva Doumbia, Dorian Rossel, Armel Roussel, Catherine Boskowitz ou Christian Lapointe…
Le festival des Francophonies, amputé depuis 2008 de la participation du Ministère des Affaires étrangères, a dû réduire sa durée de 13 à 10 jours.

Le festival des Francophonies et la Francophonie
Depuis 30 ans, le festival des Francophonies a placé son orbite à un endroit particulier qui n’est ni vraiment « la Francophonie », ni même « le théâtre francophone », mais le monde tel qu’il est appréhendé par les artistes de langue française.
Avec des approches différenciées selon ses directeurs successifs, le festival des Francophonies a toujours cherché à éviter le relativisme culturel, s’est méfié du clivage « tradition/modernité » ainsi que du discours sur le « métissage », tartes à la crème malheureusement assez répandues dans le milieu culturel, qui laissent à penser que l’humanité est appelée à se fondre dans le semblable, à se dissoudre dans le grand bain du world, si possible musical et festif.
Que puisse l’emporter le sentiment que l’humanité est une, c’est une grande et belle proposition, à laquelle les Francophonies concourent, en présentant selon différents points de vue, les aventures humaines, l’Histoire et les histoires. Au croisement des destins individuels, des mouvements démographiques et linguistiques, les spectacles proposés organisent un kaléidoscope auquel chacun peut prendre part, dans une juxtaposition fructueuse d’approches.
Large éventail des singularités, le festival est toujours au cœur de son projet premier : la fraternité (telle que la définit Jean-Luc Nancy : « comme l’égalité des singularités dans l’incommensurable de la liberté »…). Il se veut toujours un grand rendez-vous du partage des singularités, base de toute réflexion sur ce que nous avons en commun.

Réflexions sur la Francophonie et les langues françaises
En dehors de la France métropolitaine, le français est parlé, partout dans le monde, parallèlement, et même conjointement, avec au moins une autre langue : l’anglais, le flamand, le malgache, le kinarwanda, le swahili, l’arabe, le comori, etc., se conjuguent au français, le transforment, l’actualisent pour des usages qui répondent aux besoins locaux.
Le cas particulier de l’Afrique mérite qu’on s’y arrête : si l’usage de la langue française y est aujourd’hui en expansion proportionnelle à la démographie, il y est en même temps devenue « une langue au pluriel », comme l’indique Achille Mbembe. En effet, les artistes africains dits « francophones » s’expriment, ou non en français : ils ont conquis vis-à-vis de cette langue la liberté d’en user comme d’une autre. Elle n’est plus un label culturel mais la matière même d’une expression libre de tout rapport à un pouvoir intellectuel situé en dehors de leurs frontières.
Si le caractère « universel » de la langue française a jamais réellement existé (en dehors d’un fantasme solidement ancré), on pourrait dire aujourd’hui qu’une langue qui prétend à l’universel est celle qui assume son caractère multilingue…
La langue française, en acceptant ses créoles et ses langues voisines, accède à un stade supérieur de grande culture mondiale. Grâce à elle, le lointain et le proche, le connu et l’étrange étranger voisinent dans une friction qui nous rend le monde plus familier.

La Francophonie, la pensée postcoloniale et le festival des Francophonies
La France a particulièrement contribué à la production de concepts postcoloniaux et la francophonie en est sans doute un des fleurons les plus ambitieux mais aussi les plus ambigus : travaillant à la diffusion et à l’apprentissage de la langue française, mais aussi à la libre circulation des idées et des hommes, cette solidarité à l’intérieur d’un monde linguistique devait être la pierre angulaire de la mise en œuvre de la démocratie dans des pays qui venaient d’accéder à l’indépendance… On sait ce qu’il en advint.
Il est évident que les temps ont changé et que le monde européen est de plus en plus clos : que reste-t-il de la francophonie, quand l’accès au territoire de référence est hérissé de barrières faites pour décourager ?…
Mais alors que la France constate l’étendue de sa perte d’influence internationale, les artistes nous racontent quelque chose, que nous devons entendre : il faut sortir de l’universel « à la française » qui ne raconte plus rien du monde multi-polaire, à part une pensée narcissique de la France sur elle-même.
Les artistes nous enseignent que si la francophonie en tant que pratique de la langue française a encore de beaux jours à vivre, c’est dans l’acceptation de ses multiples avatars : bilinguisme, traductions, créoles, autant d’alternatives, distanciées mais passionnantes, à l’usage du français.
Sur le plan artistique, à quoi peut nous servir cette ouverture aux Sud, si largement pratiquée par le festival ? Elle est (alors que ces pays ne sont pas dominants sur le plan mondial) une incroyable opportunité de penser la mondialisation, non pas selon un rapport vertical (les fameux rapports Nord-Sud), mais selon une pensée horizontale qui laisse une place de prédilection à « la mise en relation »… Pensée afro-moderne qui a pris son origine « océanique » et transnationale sur les pourtours de l’Atlantique, avec Edouard Glissant.

Une aventure partagée avec le public

Si une manifestation artistique comme Les Francophonies peut jouer un rôle autre que purement créatif, c’est bien en essayant de réaliser une aventure partagée avec le public, à la jointure de ces « questions de société », là où s’articulent les droits individuels et l’aspiration à la réalisation de destins maîtrisés, dans la conscience d’un monde multipolaire.
A travers les propositions venues d’ailleurs, avec toutes ces vies et langages partagés, le festival est une belle opportunité pour le public d’approcher l’étranger et, du même coup, ce qui lui appartient en propre, dans un mouvement d’expérience sensible.
Et le festival vécu ensemble, artistes et publics, gens d’ici et d’ailleurs, se veut un moment privilégié de partage, de mise en commun, dans un projet proche de celui que Senghor appelait de ses voeux : « le rendez-vous du donner et du recevoir »…

Les Présidents de l’Association depuis 1984

  1. de mars 1984 à mars 1988 : Josépha Herman Bredel, Inspectrice à l’Education Nationale (Limoges)
  2. de mars 1988 à mars 1989 : Pierre Debauche (Entrepreneur de spectacles)
  3. de mars 1989 à mars 1990 : Jean Vergnaud (Professeur de Lettres à l’Université de Limoges)
  4. de mars 1990 à mars 1994 : Claude Julien (Directeur du Monde Diplomatique)
  5. de mars 1994 à mars 2002 : Robert Abirached (Professeur, Directeur du Département des Arts et Spectacles de l’Université de Paris)
  6. de mars 2002 à décembre 2010 : Jean-Marie Borzeix (journaliste)
  7. de janvier 2011 à décembre 2013 : Tahar Ben Jelloun (écrivain)
  8. depuis janvier 2014 : Alain Van Der Malière, (consultant culturel).