Billetterie

TOUT IRA BIEN


© Tout ira bien
Suisse Théâtre

Première en France

« Nous avons tous une histoire avec les Roms/Je veux dire/Nous avons tous une petite anecdote personnelle à raconter où les Roms jouent un rôle important ». C’est par ces mots que Jérôme Richer commence Tout ira bien, pièce qui est, pour l’auteur, une tentative d’interroger notre relation à la communauté rom. Et dans le même temps, ce que cette relation dit de nous.

Loin de piéger le spectateur dans des grilles de lecture toutes faites, Jérôme Richer décortique les discours excluant qui jouent sur la peur de l’autre. Il en appelle à notre capacité à penser de nouvelles utopies humanistes et généreuses.

Construit en trois parties, ce spectacle mélange différentes techniques théâtrales. Dans la première partie, ce sont les procédés du stand-up qui sont convoqués. La deuxième qui s’intéresse à un mariage gitan qui s’est déroulé en Valais, en Suisse, reprend des moyens propres à l’agitprop avec un rapport très frontal des comédiens au public. La troisième partie enfin est construite comme un oratorio et revisite un épisode sombre de l’histoire suisse où des enfants Jenisches étaient enlevés de force de leurs familles pour être éduqués soit-disant au travail et à la discipline entre 1926 et 1971.

« C’est l’espoir qui porte le texte, l’espoir de briser la distance qui nous sépare les uns des autres, de renouer avec une communauté solidaire, ouverte aux autres et à la différence. C’est l’espoir que soit réduite la peur qui nous éloigne, la peur qui nous rend petits, aigris et mesquins. »

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Questions croisées à Michael De Cock et à Jérôme Richer

Dans vos créations récentes, et en particulier dans les spectacles que vous présentez aux Francophonies (Tout ira bien pour Jérôme Richer, Kamyon, pour Michael De Cock) vous interrogez la clôture des frontières européennes et la relégation des plus pauvres. Quelle démarche artistique mettez-vous en place pour emmener le public vers une approche différente de celle proposée par les medias ?

Jérôme Richer  : En tant qu’artiste, je ne me place pas dans la position de celui qui sait face à un public qui ne saurait pas, au contraire des médias par lesquels nous sommes envahis d’experts, de spécialistes qui pensent à notre place. Le théâtre est un espace où la pensée est encore possible. Mon rôle d’artiste est d’organiser cette pensée pour donner les moyens aux spectateurs de faire des choix les plus conscients possibles pour leurs vies, en lien avec la thématique du spectacle. Ainsi, je ne propose pas de solution mais j’organise tout un réseau de questions qui tente de rendre compte de la complexité du monde et ici, plus spécifiquement de notre rapport aux Roms.

Michael De Cock  : Moi non plus, je ne propose pas de solutions concrètes. Ce n’est même pas parce que je n’aurais pas de réponse, ou parce qu’une réponse n’existerait pas, mais parce qu’il n’y a pas de réponse unique. Je ne suis pas sûr que les médias ou les politiciens se sentent responsables dans le vrai sens du mot. Je trouve que des thèmes comme l’Europe et les frontières européennes, et la façon dont on organise notre continent, tout cela, c’est trop important pour le laisser aux médias et aux politiciens. Non ! Il faut revendiquer ces thèmes. Il faut revendiquer ce qui nous réunit en tant qu’êtres humains. Cet espace de liberté, ça peut être le théâtre. Il y a dix ans, une refugiée, une jeune femme que j’ai rencontrée à Anvers, – elle venait de la Lituanie – m’a dit : I’m not political, I’m personal. C’est sans doute la réponse la plus courte à la question posée.

Entre l’aspiration humaniste à la solidarité, désormais tournée en dérision par les gouvernements au nom du réalisme, et les appels « au chacun chez soi » des populismes nationaux, quelles voies peut ouvrir la création artistique ?

Jérôme Richer  : L’Art permet, selon moi, un décentrement du regard. C’est un espace où l’humain avec toute sa complexité, toute sa richesse, est au centre. L’Art permet d’ouvrir des fenêtres sur l’humain qui autrement resteraient fermées. En tant qu’homme, né en Europe de l’Ouest, j’ai une relation complexe aux Roms, entre lutte contre les discriminations dont ils sont victimes, rejet de certaines de leurs pratiques et préjugés construits culturellement. Accepter ces contradictions est pour moi la meilleure manière de commencer à les dépasser. Et ça, je crois que c’est une des fonctions et des responsabilités de l’Art. Enfin pour reprendre les mots de Pasolini, je dirai que « l’engagement est inéluctable, et aujourd’hui plus que jamais. Je vous dirai que non seulement il faut s’engager dans l’écriture, mais aussi dans la vie ».

Michael De Cock : Chaque livre, chaque pièce de théâtre, chaque œuvre d’art, en quelque sorte, est un exercice d’empathie. On essaie de voir les mondes par le regard d’autrui, où l’Art essaie de troubler ton propre regard, parce que l’artiste, pendant sa création, a été troublé, choqué, ému... L’Art ne parle pas de chiffres, ni de statistiques. L’Art peut parler de tout, et peut tout se permettre. C’est sans doute la plus grande liberté qui existe.

Les dates

Espace du Crouzy
Boisseuil

TOUT IRA BIEN

Durée : 1h50
Espace du Crouzy
Boisseuil

TOUT IRA BIEN

Durée : 1h50

Distribution

Texte et mise en scène Jérôme Richer
Collaboration artistique Olivia Csiky Trnka

Avec
François Revaclier
Fanny Brunet
Mathias Glayre
Frédéric Mudry
Marcela San Pedro

Vidéo Nicolas Wagnières
Musique Andrès Garcia
Lumières Joëlle Dangeard
Costumes Irène Schlatter

Production

Accueil en partenariat avec l’Espace du Crouzy à Boisseuil

Production La Compagnie des Ombres
Coproduction Théâtre du Grütli.
Avec le soutien de la Loterie Romande, Pro Helvetia–Fondation Suisse pour la culture, Fondation Ernst Göhner Co.

Jérôme Richer a reçu pour l’écriture du texte une bourse culturelle de la Fondation Leenaards ainsi qu’une bourse d’aide à la création de la Ville de Genève en 2012.

Ce projet est cofinancé par l’Union européenne. L’Europe s’engage en Limousin avec le Fonds européen de Développement Régional