Prix RFI théâtre


Lectures

Le Prix RFI Théâtre 2019 a été attribué à Victoria K, Delphine Seyrig et moi ou La Petite Chaise jaune, Valérie Cachard (Liban)

Depuis 2014, RFI attribue chaque année le Prix Théâtre pour encourager les nouveaux dramaturges francophones avec un appel à l’écriture. Avec cette initiative, RFI renoue avec une ancienne tradition, celle du Concours inter-théâtral africain, qui de 1968 à 1993, fit découvrir des auteur.trice.s aussi important.e.s que Sony Labou Tansi, Mohammed Dib, Caya Makhele, Michèle Rakotoson ou Kossi Efoui. Les temps ont changé, mais la créativité théâtrale est toujours là... aux Récréâtrales à Ouagadougou, au festival Mantsina à Brazzaville, à Conakry, à Kinshasa, à Limoges, à Paris...
RFI a donc décidé d’encourager cette créativité et de faire circuler ces textes et ces histoires à travers le monde en donnant un public à des jeunes auteur.tice.s prometteur.se.s. Ce public, c’est celui de la radio, soit des milliers, des millions d’auditeur.trice.s en ville ou au village, dans le monde entier. Sauter toutes les frontières et faire circuler ces textes pour que vive encore et toujours ce théâtre.

Le prix sera remis le 29 septembre à Limoges, dans le cadre des « Francophonies - Des écritures à la scène ».
Une lecture de la pièce lauréate sera organisée dans la saison suivante.

Suite à l’appel à candidatures pour le Prix RFI Théâtre 2019, 13 textes inédits ont été présélectionnés :

La Poubelle, Arsène-Angelbert Ablo (Côte-d’Ivoire)
Kader l’Africain fait commerce de ses trouvailles dans les poubelles, autour de la gare Montparnasse. Arthur le Français mendie dans le même secteur et prend ombrage de ce concurrent étranger. Arthur est raciste, Kader ne comprend pas pourquoi. Ils s’affrontent, mais finiront par s’accorder, car la misère ne fait de différence entre les humains, quelles que soient leurs origines. Le dialogue, riche en retournements, alimente une tension dramatique permanente.

Des fous en apothicaires étales, Ducarmel Alcius (Haïti)
Sur une place, à côté d’un cimetière. Trois fous vêtus de blouses de médecin et trois folles, avec des poupées dans les bras. Nuit. Il y a aussi Marx, Mona Lisa, et une Faiseuse de rêves. Se racontent misère, viols, meurtres. Marx nomme le premier fou venu chef d’État… Et pourquoi les chiens aboient-ils dans ce lieu improbable où l’on tue bêtes et jeunes rebelles ? Un tohu-bohu macabre où règnent dérision et humour.

Tous à l’abri !, Kouame Appià (Côte-d’Ivoire)
Quelque part dans une forêt d’Europe. Des réfugiés venus de divers pays demandent asile à un couple de bourgeois blancs en vacances dans leur maison de campagne. Ils veulent passer la nuit chez eux avant de traverser la frontière. Leurs hôtes se montrent hostiles, mais un dialogue s’installe, arguments contre arguments. Survient une inondation qui inverse les rôles : les réfugiés apportant des solutions au sinistre. Des passerelles de solidarité se construisent face au déluge. Un sens de la dialectique mêlée d’onirisme sous-tend cette fiction.

Le précieux présent de la petite reine, Cyril-Juvenil Assomo (Cameroun)
Une jeune fille face à son bourreau. Elle supplie l’homme masqué de lui demander son nom. Elle s’est sacrifiée pour sauver sa famille et ne veut pas que son acte de bravoure reste anonyme. Son bourreau, figure du terrorisme, demeure silencieux. Figure christique, elle incarne toutes les victimes. Un étrange monologue adressé, une parole en tension.

Victoria K, Delphine Seyrig et moi ou La Petite Chaise jaune, Valérie Cachard (Liban)
« C’est l’histoire d’une femme / Non c’est l’histoire de deux femmes / C’est l’histoire d’une ville / Non de deux villes / Non d’une ville qui fut un jour coupée en deux. » Une histoire de Paradis perdu et de péché… À travers des vestiges découverts dans une maison abandonnée de Beyrouth : carnets, lettres, objets, la narratrice-autrice reconstitue la vie de Victoria K… Ces restes se combinent avec des archives pour composer l’histoire du Liban. S’y mêlent les souvenirs de l’autrice qui improvise sa propre partition dans laquelle Delphine Seyrig et Victoria K surgissent comme des apparitions. Cette pièce archéologique procède par couches successives et répétitions de motifs.

Cathédrale des cochons, Jean D’Amerique (Haïti)
Un homme est enfermé dans une cellule depuis six mois. Dehors la révolte gronde. Il entretient une correspondance avec son « aimée ». Un long et beau poème : puissance de la parole contre violence et répression : « Je fais travailler ma voix comme on fait travailler les gâchettes dans cette contrée. »

Interdiction formelle, Vhan Olsen Dombo (Congo Brazzaville)
Un festival de théâtre : des acteurs répètent leu spectacle. La radio annonce un massacre au Congo. Comment et que jouer dans ces circonstances ? Faire un théâtre combattant au risque de ne pouvoir rentrer au pays ? « Nous n’avons pas d’armes mais nos œuvres pensent on ne peut tuer la pensée » Ces débats sont émaillés de fragments d’une pièce en cours d’écriture.

L’enclos, Kokouvi-Dzifa Galley (Togo)
Une jeune femme vient de perdre son mari ; elle doit, selon la tradition, rester recluse dans une case de veuvage : « Entre l’affliction du deuil et l’algie sensorielle, suinte puis gicle d’elle, une voix plurielle, la réminiscence, la rage, le dépit, tout en portant la promesse du futur ». Elle évoque sa jeunesse, sa vie de famille. Sur elle pèse la présence muette d’une vielle femme, garante du rituel de veuvage… Tout réside dans l’atmosphère de cette clôture propice au deuil.

Cocorico, Marcel-Thierry Nguiayo Effam (Gabon)
Lors d’un concours de beauté, Coco la mèche artificielle affronte Cheveu Crépu. Chaque concurrente défend son style : tradition contre modernité, naturel contre artificiel. A force d’argumenter, elles finissent ivres mortes et c’est Boule à zéro qui les départagera. Un divertissement drolatique où se jouent des questions sérieuses.

Vole petit avion vole, Denis Sufo Tagne (Cameroun)
Grande Sœur demande à Petit Frère de lui construire un avion. Que l’avion vole par la force de son souffle. Le jeu se poursuit au fil des ans, au-delà de leur séparation. Au delà de l’absence d’un père, parti au loin. Rêves d’ailleurs, à décrypter au fil des pages dans une ambiance poétique ouverte sur l’imaginaire. Une théâtralité à trouver dans les interstices.

Celles qui reviennent, Pelphide Topko (Bénin)
Une jeune fille enlevée par les islamistes avec un groupe d’autres écolières raconte. Quatre ans dans une forêt, à servir d’esclave ménagère et sexuelle. Son évasion et son retour au village. Devenue une paria aux yeux des siens, elle rejoint le camp d’une ONG mais la guerre continue, et c’est de nouveau la fuite. Un récit en trois temps, haletant comme la course folle de l’enfant qui grandit dans la fuite.

Démocratie chez les grenouilles, Jérôme Tossavi (Bénin)
Une mare, dans un quartier bourbeux. La vie des grenouilles est perturbée par des andouilles mais aussi les cyclones envoyés par le Roi. Tout ce petit monde s’agite, passe des alliances éphémères tandis que les rescapés crient à la catastrophe… Une fable animalière pour dire l’Afrique colonisée et embourbée.

M119 Autopsie, Hermine Yollo Mingele (Cameroun)
Qui est cette violoncelliste jouant à longueur de temps l’air de Thelonious Monk, Misterioso 119, dans une pièce de la prison pour femmes ? Où sont passées les animatrices venues faire du théâtre avec les détenues ? Une journaliste mène l’enquête auprès du personnel pénitentiaire et des prisonnières... Un incendie se déclare. Cette pièce, écrite en écho à celle de Koffi Kwaoulé Misterioso 119 demeure aussi énigmatique que son modèle.

Les dates

La Caserne Marceau
Limoges

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